A woman with gray, wavy hair, wearing a black sweater, sitting in a cluttered workspace or studio, with arts and crafts materials on the table and shelves behind her.

© Guillaume Rivière

« Initiée à la broderie dès mon plus jeune âge par ma grand-mère, je n’ai jamais cessé de broder. Cette passion est devenue presque une nécessité lorsque ma vie fut mouvementée, tourmentée. Au fil du temps, ma démarche artistique s’est progressivement libérée de toutes les contraintes techniques de la broderie traditionnelle : mon travail est devenu moins académique, moins parfait, plus personnel, plus sensible.

De mon héritage familial, je puise l’essentiel de mon matériel. Je brode sur des draps élimés et rapiécés, avec de vieux fils de canevas que je complète par de petits morceaux de vêtements chinés aux fripes, des bouts de rien que je glane pour leur donner une nouvelle vie. Ce recyclage donne à mes ouvrages leur caractère unique et résonne avec nos préoccupations environnementales.

Au-delà du recyclage, la broderie répond pour moi aux aspirations actuelles d’un art qui s’inscrit dans le temps long, à contrepied de l’instantanéité et de la super-production, une véritable forme de luxe dans la lenteur de créer.

A woman working on an arts and crafts project at her cluttered workspace, surrounded by sewing materials, threads, scissors, and fabric.

© Guillaume Rivière

Cette seconde vie donnée aux matières est aussi la mienne depuis que j’ai cessé ma première activité professionnelle pour me consacrer exclusivement à la broderie. De mon passé dans le domaine de l’urbanisme, j’ai conservé un certain regard sur les formes urbaines et l’architecture, que je reproduis par petites touches, insistant parfois sur des détails qui attirent l’attention.

Je brode ainsi, au gré de mes inspirations, des scènes de la vie quotidienne, souvent à partir de photos de presse, de photos artistiques ou de mes propres clichés, en particulier les bords de mer pendant les vacances, où tout semble suspendu et plus léger.

Ces assemblages de « bouts de rien » sont pour moi des témoignages de nos vies fragiles, d’une reconstruction possible, à rebours de la consommation effrénée. »